Sandrine ROCCHIA LEBRETON
SandrineROCCHIA LEBRETON

Tome  1 "Un nouveau cycle" -  Communauté des Gardiens Chapitre 17 "Les âmes-soeurs"

            Fabuleux. Sensas.

            Son contact était le même que dans leur vie antérieure, voire encore mieux ; ni le temps, ni la séparation contrainte n’avaient altéré ce lien si particulier. Enya savait grâce aux explications fournies par sa famille qu’une âme de Gardien – non pervertie par la magie noire - conservait au fil de ses réincarnations ses souvenirs et son histoire ; or son corps lui transmettait aussi des sensations enregistrées, du « déjà vécu ». Les quelques contacts physiques avec Vincent, ceux vécus dans les rêves mis à part jusqu’à ce moment, lui confirmèrent ses souvenirs charnels. « Et lui ! Les ressent-il ? ».

            - Disparatum ! proféra-t-il en faisant un geste de la main, leurs yeux respectivement verts ancrés les uns dans les autres.

            La sensation d’être comprimée s’empara d’Enya bien qu’elle sentit toujours les bras de Vincent autour de sa taille. Par réflexe, elle s’était collée encore plus à son torse, sentant tous les contours de sa musculature. Il ne portait qu’une légère chemise blanche en coton Egyptien. L’odeur de sa peau était envoûtante, chaude et boisée. Un flash noir s’interposa à la place du visage de Vincent pendant une seconde puis son demi-sourire cerné de fossettes réapparut. Ils se trouvaient toujours dans une forêt. La lumière montante de la lune fut remplacée par celle d’un soleil naissant avec une végétation hivernale plus froide. En fond sonore : un bruit d’eau. Soudain frigorifiée, Enya s’arracha à contre cœur des yeux brûlants d’intensité de Vincent pour découvrir le choix de son territoire neutre.

            Le choc. Un frisson d’émoi ajouté aux températures hivernales la fit trembler.

            Sous leurs pieds, des pierres plates enneigées formaient une esplanade au dessus d’un cours d’eau recouvert de glace à certains détours du lit. Flottait une odeur de mousse émergeant sous la fine pellicule de neige. Un peu plus loin, les branches sans feuilles d’un gigantesque saule pleureur agitées par la brise glacée balayant la clairière, émettaient une mélodie plaintive.

            LEUR clairière.

            Celle-là même où ils se retrouvaient en cachette pour s’aimer il y a plus de cent décennies. Le paysage avait tout de même évolué, plus encaissé car les arbres dépassaient en hauteur et en taille le souvenir qu’Enya gardait du passé. Au dessus de leurs têtes, les branches noueuses d’un olivier au tronc rugueux énorme, d’une vigueur impressionnante, leur offraient une voute de verdure délicate au milieu de ce paysage blanc. Un tourbillon de neige les enroula tous les trois faisant ainsi miroiter sous l’éclat du pâle soleil les petites feuilles aux couleurs vert profond et argenté.

            - J’aime cet endroit, déclara Vincent. J’ai atterri ici enfant, par hasard, alors que je fuyais une colère de mon père pour avoir séché mes cours de magie. J’ai souhaité un endroit calme et inconnu de ma famille. Et voilà !

            - Sais-tu où nous sommes ? questionna dans un souffle Enya.

            Elle ne put se retenir de détailler sa clairière chérie, comme quelqu’un qui retrouve avec émotion et nostalgie un jouet de son enfance, le tournant et retournant dans tous les sens pour se le réapproprier. « Réapproprier » ce mot définissait assurément le leitmotiv de ces derniers jours, le fil conducteur entre son passé et son avenir. Enya caressa l’écorce rugueuse du magnifique olivier, posa sa joue dessus, subjuguée et envahie par sa force, sa beauté. « Il a bravé 1000 ans ! Avons-nous fait de même ? » pensa-t-elle. Le plus compliqué étant de se « réapproprier » Vincent coûte que coûte, de le rallier à son passé à elle mais également au sien car visiblement son identité de Gardien n’avait pas refait surface consciemment. Elle pouvait sentir le doute en lui. Une certaine réserve.

            - Non, répondit-il après lui avoir laissé le temps de découvrir ce lieu enchanteur, il semblait intrigué de la voir y évoluer aussi aisément. Le fait, continua-t-il, de ne pas savoir où se trouve réellement ce lieu empêche mon père - ou d’autres - de me localiser. Mais j’y suis attiré comme un aimant car je m’y sens bien. C’est la première fois que quelqu’un m’y accompagne, lui lança-t-il avec un rapide coup d’œil.

            Enya partit d’un petit rire nerveux, puis :

            - Tu n’as vraiment aucun souvenir de notre passé ? Qu’as-tu intercepté dans nos conversations ?

            Les traits de Vincent se figèrent. Enya s’était naturellement rapprochée de lui en le questionnant, elle le vit faire un mouvement de recul. Elle se méprit sur ce geste, l’identifiant comme un rejet. Autant dire qu’il aurait pu lui lancer un pieu dans le cœur pour le même effet. Distant, fermé, il l’observa intensément comme soumis à un terrible combat intérieur.

            - Tu dois avoir des questions, l’encouragea-t-elle plus froide. Sans cela, tu ne serais pas là.

            Toujours rien. Une statue aurait un air plus vivant.

            - Tu es Liam, poursuivit-elle. Il y a plus de 1000 ans, nous étions mariés, âmes sœurs et Gardiens à la fois. Cette clairière était notre refuge pour échapper à nos familles et aux tensions de l’époque. Nous avions planté dans cette faille rocheuse un jeune olivier (elle s’en souvenait maintenant comme d’un évènement arrivé hier) pour symboliser notre amour et toutes les difficultés surmontées pour rester ensemble. Regarde-le ! Il ne te dit rien ? Tu ne ressens rien ?

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